Dans les contextes de crise prolongée, le retour des personnes déplacées internes dans leurs localités d’origine est souvent perçu comme un signe de stabilité retrouvée. Pourtant, ces personnes dites « retournées » restent dans une situation de grande vulnérabilité, notamment en ce qui concerne l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (WASH). Ignorer leurs besoins dans les interventions humanitaires revient à compromettre les efforts de relèvement durable.
Qui sont les personnes retournées et pourquoi leur inclusion est essentielle ?
Les personnes retournées sont des déplacés internes qui, après avoir fui leur domicile à cause d’un conflit ou d’une catastrophe, choisissent de revenir dans leur communauté d’origine. Ce retour, souvent volontaire, s’opère dans des conditions extrêmement précaires :
- Infrastructures WASH délabrées ou inexistantes ;
- Accès limité à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates ;
- Fragilité socio-économique persistante, avec des moyens de subsistance détruits ;
- Traumatismes psychologiques liés au déplacement et à la reprise de la vie dans un environnement parfois encore instable.
Malgré ces défis, les personnes retournées sont souvent moins visibles dans les réponses humanitaires, qui restent prioritairement orientées vers les personnes toujours déplacées ou les communautés hôtes.
Exemple du Burkina Faso : retour progressif dans des zones fragiles
Dans certaines zones du Nord et du Centre-Nord du Burkina Faso, comme à Titao ou dans d’autres communes touchées par la crise sécuritaire, les conditions de sécurité s’améliorent peu à peu, permettant à des familles de revenir. Mais ce retour s’accompagne de nombreux obstacles : forages endommagés, latrines inutilisables, absence d’accès à l’eau potable, etc.
Ces réalités soulignent l’importance de ne pas négliger les zones de retour dans les diagnostics humanitaires et les plans de réponse, notamment dans le secteur WASH.
L’urgence d’une approche inclusive dans les interventions WASH
- Prévenir une crise sanitaire silencieuse
L’absence de services WASH adaptés dans les zones de retour peut engendrer une résurgence de maladies hydriques et nuire à la santé publique. - Favoriser des retours durables
Sans conditions minimales de vie décente, les retours risquent d’être temporaires ou non viables, ce qui déstabilise davantage les dynamiques locales. - Assurer l’équité dans la réponse humanitaire
Toutes les personnes affectées ont droit à une assistance digne, sans discrimination basée sur leur statut actuel (déplacé, hôte ou retourné). - Renforcer la cohésion sociale et la paix
En incluant les personnes retournées dans les dispositifs WASH, on évite les tensions entre groupes et on renforce la résilience communautaire.
Women and WASH : un plaidoyer pour une réponse plus inclusive
En tant qu’actrice engagée sur les enjeux d’eau, d’hygiène et d’assainissement au Burkina Faso, Women and WASH milite pour que les besoins spécifiques des femmes et des filles retournées soient mieux pris en compte.
Bien que notre capacité d’intervention directe soit encore en construction, nous contribuons à :
- Documenter les réalités des zones de retour ;
- Porter la voix des femmes retournées dans les instances de coordination humanitaire ;
- Promouvoir des projets pilotes inclusifs en collaboration avec les partenaires locaux ;
- Sensibiliser les acteurs sur l’importance de ne pas négliger ces populations fragilisées.
Nous croyons qu’une transition vers des interventions sensibles au genre et centrées sur les droits humains est indispensable pour assurer une réponse humanitaire plus juste et plus durable.
En conclusion
Le retour des populations déplacées ne doit pas être synonyme d’oubli. Incorporer les besoins des personnes retournées dans les interventions WASH, c’est garantir une dignité pour toutes et tous, reconstruire les bases d’une vie saine, et soutenir les efforts de stabilisation dans des régions fragiles.
Women and WASH réaffirme son engagement à contribuer à cette dynamique, aux côtés des autorités, des partenaires techniques et financiers, et surtout, des communautés elles-mêmes.





